Pense-bête pour réussir la réorganisation de sa PUI
Première partie : manager le projet
Mutualisation, regroupement…les PUI sont de plus en plus incitées par leur direction et leurs tutelles à réfléchir à de nouvelles organisations. Bon gré mal gré, le pharmacien doit prendre sa casquette de manager et rendre le projet efficient et attractif.
Etre force de proposition
Même si les contraintes économiques sont bien souvent à l’origine de la démarche, elles ne doivent pas être le seul argument du changement. « Le piège est d’accepter la mutualisation comme une simple optimisation des coûts explique Brigitte Bellon, pharmacien chef de pôle au CHU Toulouse. La pharmacie doit construire un projet qui s’intègre dans les orientations du projet médical de l’établissement et qui permet un rapport gagnant-gagnant avec la direction ». En clair, profiter du changement imposé par la direction pour redéployer les compétences et proposer une optimisation des fonctions de la PUI. A Toulouse, les trois PUI du CHU sont justement en cours de regroupement avec le magasin central sur un site unique. A partir de l’optimisation des moyens, le pôle pharmacie a pu imposer le développement de la pharmacie clinique grâce à la mise en place d’équipes pharmaceutiques référentes pour chaque pôle.
Direction et arbitrage du projet
L’arbitrage est une des parties les plus délicates du projet : car la direction générale doit entendre et statuer sur le projet pharmaceutique d’un côté, et de l’autre « soumettre sa décision à la tutelle qui commente, avalise ou qui demande à ce que la copie soit revue » décrit Alain Charron, pharmacien consultant chez iQualis Santé. La direction débat d’un côté, défend son projet négocié de l’autre, en essayant à la fois de ménager les attentes des premiers et les impératifs –notamment économiques- de l’autre. Sans compter qu’un cabinet de consultants peut souvent intervenir dans l’équation pour orienter certains aspects du projet. Direction ou consultants ont l’avantage d’apporter un regard extérieur –dépassionné- mais avec l’inconvénient de rester théorique, distinct de la pratique pharmaceutique et médicale quotidienne. Le pharmacien doit donc savoir se faire entendre. La négociation doit intervenir très en amont, dès la définition du projet, pour obtenir un engagement sur des contreparties nécessaires à son succès. « C’est une des étapes les plus délicates, insiste Bruno Gourévitch, président d’Altaïr Conseil. Plus les contraintes financières sont fortes, plus la vision de la direction risque d’être une vision à court terme». D’où l’intérêt du contrepoids d’un projet de service présentant une réelle plus-value et dont l’accompagnement se prolonge au-delà du jour J du rapprochement.
Structurer et réunir
Pour peser de tout son poids, la PUI doit construire un projet solide et fédérateur. Ce qui suppose une équipe projet bien définie dès le début : « Le chef de projet, défini dès le départ, doit logiquement être le chef de la gouvernance à venir », insiste Bruno Gourévitch. L’équipe doit être pluridisciplinaire et intégrer toutes les fonctions concernées directement ou indirectement par la démarche. Non seulement un projet collectif sera plus cohérent mais il sera aussi mieux accepté par les équipes. Quant aux tutelles, « il faut penser à présenter le projet le plus tôt possible aux référents comme l’inspection ou les anciennes DDASS, suggère Alain Charron. Plus ils auront été consultés tôt, et plus ils avaliseront le projet en l’état… ».
Enfin, l’échéance du projet ne devra pas être arrêtée au jour J du regroupement ou de la mutualisation. Celui-ci n’est qu’une étape : en aval, la conduite du projet doit être poursuivie par l’équipe pour intégrer et mettre en place toutes les actions de formation, d’évaluation, d’accompagnement… qui seront jugées essentielles au succès de l’entreprise.
Retrouver la seconde partie du dossier « Gérer et convaincre les équipes » dans la e-newsletter Flashôpit@l n°3.
Caroline Guignot